Les
chemins de la mémoire
"Balade en amnésie"
A une époque encore,
ou bien souvent la grandeur d'une discipline sportive est liée à l'importance de ses sponsors.
A une époque surtout où les liens familiaux se fragilisent de plus en plus tôt et durablement, entraînant la perte des traditions et d'une certaine culture.
Il existe encore pour celui qui aime regarder au-delà des choses, pour celle qui a la curiosité de déplacer les pierres, de pousser les portes entrebaîllées de nos vieux greniers ou de nos
anciens cimetières de campagne.
Il existe encore pour ces personnes un monde qui, bien que nous ne l'ayons plus en permanence sous nos yeux, trouvent toujours au travers d'un meuble, d'un simple objet, d'une saveur ou, plus
simplement dans le refrain d'une vieille rengaine, le moyen de se rappeler à nos bons souvenirs.
Qui n'a jamais eu, de temps à autre, un moment de nostalgie en feuilletant un vieil album de photos ou en ouvrant de vieilles boîtes contenant des cartes postales anciennes...
Qui n'a jamais retrouvé des pièces de monnaie, des médailles ou autres menus objets qui, à une certaine époque devaient, vu les traces de leur usure, avoir une vie très active avant de rejoindre
les fonds de ces sombres caveaux de fer ou de carton.
Je me souviens lorsque je repense à mes vacances chez mes grands-parents maternels, de l'époque où l'on entendait venir de loin ces monstres d'acier qui, une fois à notre hauteur, nous
enveloppaient dans une épaisse fumée grisâtre, de l'odeur de crésyl et de goudron qui s'échappait des petites routes qui fondaient sous le soleil de l'été, y laissant, presque imperceptibles, les
empreintes de nos chaussures.
Il y avait aussi ces rencontres que je ne goûtais guère avec plaisir, de ces dames aspics qui quittaient un champ pour un autre, ou qui allaient se désaltérer dans un trou d'eau servant à
l'aspertion des champs.
Il y avait...! Oui, il y avait beaucoup de choses en ce pays sarthois. Nombres de choses qui, à cette époque, semblaient toutes très naturelles, presques immuables et qui pourtant aujourd'hui ne
sont plus...
Lorsque de nos jours il m'arrive (très rarement) que je m'y rende et que j'y fasse ces "balades en amnésie", lorsque je vois près du vieux lavoir ces barques de bois qu'utilisait un pêcheur
aujourd'hui disparu, ayant la réputation d'être un des meilleurs "truiteur" du coin ; lorsque je vois ces barques de bois qui pourrissent, bercées par le courant et essayant vainement d'échapper
à leurs geôliers aux maillons d'acier, alors, je me demande combien de temps encore le souvenir de ces objets, de ces lieux, de ces personnes, subsistera encore dans nos mémoires...
Ce sont eux, ces lieux, ces personnes, ces personnes, ces objets qui ont en partie, fait de nous ce que nous sommes aujourd'hui. Au travers des souvenirs de chacun d'entre nous, nous sommes les
dépositaires d'un trésor : le passé, nos racines.
Si nous ne faisons rien pour ne pas les perdre, ce sera un peu comme si nos ancêtres n'avaient pas vécu, ou avaient vécu pour rien.
Avec la perte de chaque souvenir, c'est un peu de nous-même qui s'en va, un peu de notre identité, de notre histoire. C'est un peu comme si une parcelle de terre était définitivement mise en
friche, condamnée à ne plus jamais produire un seul légume, un seul fruit...
Alors, pour que notre monde ne ressemble pas à un immense terrain abandonné, apprenons à ne pas oublier ces souvenirs et ceux à qui nous les devons ; apprenons à les garder en nous et surtout,
pour qu'ils ne se perdent pas, à en assurer la transmission...
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